La Haute Autorité de santé recommande l’obligation vaccinale contre la grippe pour le personnel soignant

Vingt ans après une première tentative suspendue, la Haute Autorité de santé recommande à nouveau l'obligation vaccinale contre la grippe pour les soignants, portée par des chiffres de mortalité qui ne laissent plus de place au doute.

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© Photo : PeopleImages.com (Depositphotos)

La Haute Autorité de santé vient de trancher un débat qui durait depuis des années. Dans un avis publié ce lundi 20 juillet, l’organisme recommande l’obligation vaccinale contre la grippe pour l’ensemble des professionnels de santé et médico-sociaux. Une décision qui ne concerne pas les résidents des EHPAD, contrairement à ce que certains attendaient.

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La HAS tranche en faveur d’une obligation pour les soignants

Fin 2025, le ministère de la Santé avait saisi la Haute Autorité de santé pour qu’elle se positionne sur deux populations distinctes. D’une part, les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité ; De l’autre, les soignants et le personnel médico-social. Après plusieurs mois d’analyse, le verdict est clair : pas d’obligation pour les résidents, mais oui pour le personnel soignant.

Cette asymétrie peut surprendre au premier abord. Elle s’explique pourtant assez simplement. Le taux de couverture vaccinale des personnes âgées en collectivité atteint déjà 82,7 %, soit un chiffre supérieur au seuil de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Chez les professionnels, la situation est radicalement différente. Seuls 20 % des salariés des établissements de santé et 21 % de ceux des Ehpad se sont fait vacciner lors de la saison 2024-2025.

📌 Repères clés
💉 La Haute Autorité de santé recommande de rendre obligatoire la vaccination contre la grippe pour les professionnels de santé et médico-sociaux.
🏥 Les Ehpad et les unités de soins de longue durée seraient concernés en priorité.
📉 La couverture vaccinale atteignait seulement 20 % dans les établissements de santé et 21 % dans les Ehpad en 2024-2025.
👵 Les résidents ne seraient pas soumis à cette obligation, leur couverture vaccinale atteignant déjà 82,7 %.
⚖️ Un décret en Conseil d’État doit encore fixer les personnels concernés et les modalités d’application.

La grippe reste une menace majeure pour les résidents âgés

La Haute Autorité de santé justifie cette décision par ce qu’elle appelle « l’ampleur du fardeau sanitaire » de la grippe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La saison 2025-2026 a provoqué environ 12 700 décès supplémentaires, contre 17 900 un an plus tôt, lors d’une épidémie particulièrement violente. Neuf décès sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus.

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Il faut également prendre en compte un phénomène moins connu du grand public. L’immunosénescence désigne l’affaiblissement progressif du système immunitaire avec l’âge. Chez les résidents d’Ehpad, cette faiblesse réduit l’efficacité du vaccin de vingt à quarante points par rapport à celle d’un adulte plus jeune. Autrement dit, vacciner un résident de 85 ans ne le protège pas aussi efficacement qu’espéré. D’où l’importance cruciale de vacciner les personnes qui l’entourent au quotidien.

Selon l’autorité indépendante, le risque de transmission en milieu de soins est sous-estimé. Les personnes hébergées en EHPAD sont en contact étroit, répété et prolongé avec les équipes soignantes. Un aide-soignant grippé, même s’il présente peu de symptômes, peut transmettre le virus à plusieurs résidents fragiles en une seule journée.

Les Ehpad seront concernés avant les autres établissements

La mesure ne s’appliquera pas partout au même rythme. Les EHPAD et les unités de soins de longue durée seront concernés en priorité en raison de la vulnérabilité particulière de leurs résidents. En effet, trois quarts d’entre eux ont 75 ans ou plus.

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Pour les autres structures, un délai plus large est prévu. La Haute Autorité de santé évoque un « déploiement progressif sur une période de deux ans renouvelables d’un an » dans les établissements de santé classiques, les autres structures médico-sociales et les cabinets libéraux. L’objectif est de garantir la faisabilité de la mesure sans brutalité administrative.

Les étudiants des filières médicales et paramédicales sont également concernés. La logique de cohérence l’impose : un futur infirmier appelé à travailler auprès de patients fragiles doit adopter les mêmes obligations que les professionnels en poste.

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Les expériences étrangères renforcent la position de la HAS

L’idée n’est pas nouvelle. Une obligation similaire avait déjà été instaurée en 2006 pour le personnel soignant des hôpitaux et des Ehpad, avant d’être suspendue par décret, faute d’un « surrisque démontré » chez le personnel non vacciné. Deux décennies plus tard, le contexte a changé et les données scientifiques se sont accumulées.

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La Haute Autorité de santé cite plusieurs expériences étrangères. En Finlande et aux États-Unis, l’obligation vaccinale des professionnels de santé a permis d’atteindre des taux de couverture supérieurs à 90 % de manière rapide et durable. Ces résultats ont pesé dans la balance, tout comme les enquêtes françaises menées entre 2024 et 2025, qui montrent qu’une majorité de soignants et de la population générale soutient une telle mesure.

Plusieurs organisations professionnelles auditionnées par la Haute Autorité de santé ont insisté sur le devoir d’exemplarité. Selon elles, un soignant qui refuse de se protéger contre la grippe envoie un message contradictoire à ses patients.

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Le gouvernement doit encore définir les règles d’application

Pour entrer en vigueur, la recommandation doit encore franchir plusieurs étapes juridiques. Un décret en Conseil d’État devra préciser les modalités exactes et la liste des personnels concernés. Rien n’est donc figé à ce stade, malgré la clarté de l’avis rendu lundi.

En novembre 2025, le Sénat avait déjà voté une disposition allant dans ce sens pour les soignants libéraux, avant que le texte ne reparte en seconde lecture à l’Assemblée nationale. L’avis de la Haute Autorité de santé pourrait accélérer ce processus parlementaire en offrant une base scientifique solide aux défenseurs de la mesure.

Reste toutefois une question pratique, et non des moindres. Comment garantir un accès suffisant aux vaccins et assurer une traçabilité fiable des injections réalisées ? La Haute Autorité de santé recommande la mise en place d’un système de surveillance dédié ainsi que d’un cadre réglementaire adapté aux réalités du terrain. Sans ces outils, prévient l’organisme, même la meilleure obligation vaccinale du monde risquerait de rester lettre morte.

Certains médecins tempèrent toutefois l’enthousiasme. Début juillet, dans une tribune publiée dans Le Monde, les professeurs Daniel Floret et Odile Launay appelaient à améliorer la formation des soignants et à renforcer les mesures barrières avant de recourir systématiquement à la contrainte. Un débat qui, malgré la publication de cet avis, n’est donc pas totalement clos.

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