La souche Bundibugyo du virus Ebola revient au premier plan après la décision de l’Organisation mondiale de la santé de classer l’épidémie en République démocratique du Congo et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale. Cette forme rare d’Ebola est moins connue que la souche Zaïre, mais elle suscite de vives inquiétudes pour une raison simple : il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé contre elle.
Une menace identifiée depuis près de vingt ans
Identifiée pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, en Ouganda, cette souche porte le nom de la région où elle a été découverte. Une autre flambée épidémique a été documentée en 2012 en République démocratique du Congo, ce qui montre que ce virus n’est pas nouveau, même s’il reste peu fréquent à l’échelle des épidémies d’Ebola.
Depuis la mi-mai 2026, l’OMS indique que plusieurs échantillons prélevés dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, ont confirmé la présence du virus Bundibugyo, tandis qu’un cas importé a également été signalé en Ouganda. Le 16 mai 2026, le directeur général de l’OMS a jugé que cet épisode constituait une urgence sanitaire internationale, un terme réservé aux situations jugées graves et à risque de diffusion transfrontalière.
Ce niveau d’alerte témoigne de la gravité de la situation. L’agence onusienne évoque en effet des incertitudes importantes concernant le nombre réel de cas et l’ampleur géographique de la circulation virale, ce qui complique la riposte sur le terrain. Dans ce contexte, la vigilance des systèmes de santé des pays voisins devient un enjeu immédiat.
Une propagation discrète sous haute surveillance
La souche Bundibugyo du virus Ebola appartient au genre des ebolavirus, qui sont capables de provoquer chez l’être humain une maladie sévère, parfois mortelle. Comme les autres virus Ebola, elle se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne ou d’un animal infecté, ou encore par des objets contaminés.
Les symptômes initiaux ressemblent souvent à ceux d’une infection banale : fièvre, grande fatigue, douleurs musculaires, maux de tête et irritation de la gorge. Puis, la maladie peut s’aggraver avec des vomissements, des diarrhées, et des atteintes plus sévères pouvant entraîner des saignements et des défaillances d’organes. C’est précisément cette phase initiale, peu spécifique, qui peut retarder le diagnostic, surtout dans des zones où circulent déjà d’autres maladies fébriles.
Les données disponibles suggèrent que la létalité de Bundibugyo est en moyenne moins élevée que celle de la souche Zaïre. Une méta-analyse publiée sur les flambées recensées entre 1976 et 2022 estime le taux de létalité groupé à 32,8 % pour Bundibugyo, contre 66,6 % pour la souche Zaïre. Cela ne signifie pas pour autant que le risque est faible. Un malade sur trois peut en mourir lors des flambées observées, ce qui suffit à classer ce virus parmi les menaces sanitaires majeures.
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Des faux négatifs qui ralentissent l’alerte sanitaire
L’un des problèmes les plus sensibles tient au repérage des cas. Des tests existent pour la souche Bundibugyo du virus Ebola, mais ils ne sont pas largement déployés et les analyses initiales peuvent passer à côté de l’infection si elles ciblent une autre souche.
Matthew Kavanagh, du Center for Global Health Policy & Politics de l’université de Georgetown, a résumé cette difficulté de façon très directe dans un article de synthèse récent : « Parce que les premiers tests recherchaient la mauvaise souche d’Ebola, nous avons obtenu de faux négatifs et perdu des semaines de temps de réponse. » La suite de sa mise en garde est tout aussi claire : « Au moment où l’alerte a été donnée, le virus avait déjà progressé le long de grands axes de transport et franchi des frontières. »
Cette phrase éclaire un point crucial. Dans une épidémie d’Ebola, quelques jours perdus peuvent suffire à laisser filer des chaînes de transmission, surtout lorsque des malades circulent entre zones rurales, centres de soins saturés et grandes villes. La dimension transfrontalière, soulignée par l’OMS, explique d’ailleurs en grande partie la montée en puissance de l’alerte.
Le retard mondial face aux traitements et vaccins
Contrairement à la souche Zaïre, pour laquelle des outils médicaux existent, la souche Bundibugyo du virus Ebola ne dispose pas, à ce jour, de vaccin homologué ni de traitement spécifique approuvé. Des pistes sont toutefois à l’étude, avec plusieurs candidats déjà testés sur des modèles animaux ou encore à un stade expérimental.
Parmi les options mentionnées dans les sources récentes, on trouve Ervebo de Merck, MBP 134 de Mapp Biopharmaceutical et VesiculoVax d’Auro Vaccines, qui ont montré leur efficacité dans des essais chez les primates non humains pour lutter contre le virus Bundibugyo. Un antiviral expérimental, le NV-387, est également présenté par son développeur comme potentiellement actif grâce à un mécanisme de leurre qui empêche le virus de se fixer aux cellules saines. Toutefois, cette piste est encore très précoce et ne constitue pas une réponse validée en conditions réelles.
En l’absence d’outil spécifique immédiatement disponible, la riposte repose donc sur des mesures classiques de santé publique : détection rapide des cas, isolement, recherche des contacts, prévention lors des soins, enterrements sécurisés et travail d’explication auprès des populations. Daniela Manno, de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, l’a rappelé en ces termes : « Ces mesures ont été cruciales pour finalement contrôler l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la plus grande jamais enregistrée, et si elles sont mises en œuvre rapidement et efficacement, elles peuvent aussi aider à contrôler cette flambée ».
Ce qui différencie Bundibugyo des autres ebolavirus
Les chercheurs s’intéressent également aux différences biologiques entre le virus Bundibugyo et les autres ebolavirus, car celles-ci peuvent influer sur la gravité de la maladie, la vitesse de propagation dans l’organisme et l’efficacité des tests. Des travaux publiés dans la littérature scientifique montrent que ce virus se réplique plus lentement que la souche Zaïre et qu’il est associé à une pathogénicité moindre.
La période d’incubation semble toutefois similaire à celle de la souche Zaïre, soit environ 8 à 10 jours en moyenne, avec des durées pouvant aller jusqu’à trois semaines. Autrement dit, un virus potentiellement un peu moins létal n’est pas pour autant plus facile à contenir, car le délai d’apparition des symptômes laisse une fenêtre de circulation silencieuse non négligeable.
Des recherches sur les survivants de l’épidémie de 2007 ont également suggéré l’existence de séquelles persistantes, même si les atteintes au foie et aux reins pourraient être moins marquées qu’avec la souche Zaïre. Il faut toutefois rester prudent, car les données restent limitées et l’échantillon historique est modeste.
Une crise régionale aux implications mondiales
Pour le grand public, le risque principal ne tient pas à une diffusion massive et immédiate en Europe, mais au fait qu’une flambée mal identifiée au départ peut rapidement s’étendre dans des régions dont les systèmes de santé sont fragiles. Le danger est donc d’abord local et régional, avec un impact humain potentiellement lourd dans les zones touchées.
Cette crise rappelle également une réalité moins visible. Toutes les souches d’Ebola ne se valent pas en termes d’outils disponibles, et la souche Bundibugyo du virus Ebola reste un angle mort de la préparation mondiale. C’est ce qui rend l’épisode actuel particulièrement surveillé par les autorités sanitaires, malgré une létalité inférieure à celle de la souche Zaïre.

