Cholestérol : trois nouveaux traitements qui s’apprêtent à détrôner les statines

Trois molécules inédites s'apprêtent à rejoindre l'arsenal thérapeutique européen contre le cholestérol, avec des résultats qui rivalisent enfin avec les statines sur l'ampleur de la baisse du LDL.

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© Photo : Depositphotos
Ubeslo, Evlarco et Lyrokaul ont reçu un avis positif du CHMP de l’EMA en juillet 2026 pour traiter certains adultes dont le LDL reste insuffisamment contrôlé. Ubeslo et Evlarco sont des traitements oraux quotidiens, tandis que Lyrokaul s’administre par injection mensuelle. Leur autorisation européenne définitive reste soumise à la décision de la Commission européenne.

L’excès de cholestérol est l’un des principaux facteurs de risque cardiovasculaire en Europe et les statines ne permettent pas toujours d’y remédier de manière satisfaisante. Le 23 juillet 2026, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a changé la donne. Son comité scientifique, le CHMP, a recommandé l’autorisation de mise sur le marché de trois nouveaux traitements destinés aux patients dont le taux de LDL, le « mauvais » cholestérol, résiste aux thérapies existantes.

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Deux de ces médicaments se présentent sous forme de comprimés, le troisième est injecté une fois par mois. Tous trois sont destinés aux adultes souffrant d’hypercholestérolémie primaire, familiale ou non, ou de dyslipidémie mixte. Concrètement, il s’agit de patients qui prennent déjà des statines à la dose maximale tolérée sans que leur taux de LDL ne diminue suffisamment.

Les statines laissent encore certains patients au-dessus de leur objectif de LDL

Depuis trois décennies, les statines constituent le traitement de référence contre l’excès de cholestérol. Elles bloquent une enzyme du foie, la HMG-CoA réductase, et incitent l’organisme à recycler davantage de LDL circulant. Leur efficacité est solidement établie. Cependant, leur efficacité connaît des limites.

Selon une méta-analyse publiée dans l’European Heart Journal, environ 9 % des patients développent une véritable intolérance, le plus souvent des douleurs musculaires parfois invalidantes. Ce chiffre peut sembler modeste. Il représente pourtant des centaines de milliers de personnes à l’échelle européenne. Chez d’autres patients, le traitement est efficace, mais pas suffisamment : le LDL reste au-dessus des seuils recommandés, malgré une prise régulière. L’ézétimibe et les anticorps monoclonaux anti-PCSK9 injectables offrent déjà des solutions de repli, mais ne suffisent pas non plus.

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C’est dans cet espace thérapeutique que s’inscrivent les trois nouveaux médicaments.

📌 Repères clés
🫀 Ubeslo, Evlarco et Lyrokaul ont reçu un avis positif du CHMP de l’EMA en juillet 2026 pour traiter l’hypercholestérolémie primaire ou la dyslipidémie mixte chez certains adultes.
💊 Ubeslo contient de l’obicetrapib, tandis qu’Evlarco combine l’obicetrapib et l’ézétimibe dans un traitement oral quotidien.
💉 Lyrokaul repose sur le leroidalcibep et s’administre par injection sous-cutanée une fois par mois.
📉 Les essais rapportés dans l’article montrent des réductions du LDL d’environ 36 à 49 % avec l’obicetrapib selon les schémas étudiés et jusqu’à 59 à 65 % avec le leroidalcibep dans LIBerate-HeFH.
⚠️ Ces résultats portent principalement sur la baisse du LDL et ne démontrent pas encore définitivement une réduction des événements cardiovasculaires eux-mêmes.

Ubeslo et Evlarco relancent les inhibiteurs de la CETP

Le premier nom à retenir est l’obicetrapib, développé par New Amsterdam Pharma et commercialisé en Europe par le groupe italien Menarini. Utilisé seul, il porte le nom d’Ubeslo. Associé à l’ézétimibe dans un même comprimé, il devient Evlarco. Cette molécule appartient à une classe de médicaments qu’on croyait abandonnée : les inhibiteurs de la CETP (protéine qui transfère le cholestérol des particules HDL protectrices vers les particules LDL délétères). Dans les années 2000, plusieurs candidats de cette famille, comme le torcétrapib et l’anacetrapib, avaient été écartés en raison d’effets cardiovasculaires ou hépatiques préoccupants.

L’obicetrapib présente toutefois un profil pharmacocinétique différent, avec une demi-vie plus courte et une accumulation moindre dans les tissus adipeux, selon une analyse publiée dans le Journal of Clinical Lipidology. Lors de l’essai de phase III BROOKLYN, mené chez des patients atteints d’hypercholestérolémie familiale hétérozygote, la molécule a réduit le LDL de 36,3 % à 84 jours par rapport au placebo, puis de 41,5 % après un an de traitement. Un tiers des patients ont vu leur cholestérol baisser de plus de moitié.

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Evlarco associe obicetrapib et ézétimibe pour abaisser davantage le LDL

Associé à l’ézétimibe dans le médicament Evlarco, l’effet s’accentue nettement. Une étude citée dans le dossier d’évaluation de l’EMA rapporte une réduction moyenne du LDL avoisinant 49 % chez des patients déjà sous traitement maximal, un résultat également confirmé par les essais de phase III BROADWAY et TANDEM. Les effets indésirables les plus fréquemment observés sont des vertiges passagers ou une légère élévation de la tension artérielle, dans des proportions comparables à celles constatées sous placebo.

Lyrokaul mise sur une injection anti-PCSK9 une fois par mois

Le troisième médicament est différent des deux premiers. Lyrokaul, nom commercial du leroidalcibep développé par le laboratoire Lib Therapeutics, ne se présente pas sous forme de comprimé, mais se présente sous forme d’injection sous-cutanée mensuelle. Il appartient à la famille des anti-PCSK9, déjà connue grâce à des molécules telles que l’évolocumab ou l’alirocumab. Sa particularité tient à sa structure : une petite protéine de liaison fusionnée à de l’albumine humaine, ce qui allonge sa durée d’action et permet d’espacer les injections à quatre semaines au lieu de deux.

Le mécanisme d’action reste proche de celui des autres anti-PCSK9. La protéine PCSK9 pousse normalement le foie à détruire ses récepteurs au LDL. En la neutralisant, le médicament permet au foie de conserver davantage de récepteurs et donc d’éliminer plus de cholestérol du sang. Lors de l’essai LIBerate-HR mené sur près de 922 patients à haut risque cardiovasculaire, le leroidalcibep a réduit le LDL de 56 % en moyenne après 52 semaines de traitement par rapport au placebo. Chez les patients atteints d’hypercholestérolémie familiale hétérozygote suivis dans l’essai LIBerate-HeFH, la baisse a atteint entre 59 % et 65 % à la semaine 24, et environ deux tiers des patients ont atteint les objectifs recommandés par la Société européenne de cardiologie. Le produit avait déjà obtenu l’autorisation de mise sur le marché de la FDA américaine en décembre 2025, sous le nom de Lerochol.

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Les trois traitements ciblent surtout les LDL insuffisamment contrôlés

L’EMA a précisé les indications de chacun des trois traitements. Il peut être prescrit en association avec une statine, seul ou combiné à d’autres hypolipémiants, chez les patients qui n’atteignent pas leurs objectifs de LDL malgré la dose maximale tolérée. Il peut également être prescrit sans statine chez les personnes réellement intolérantes ou pour qui ce traitement est contre-indiqué.

Evlarco suit une logique similaire, avec trois scénarios prévus par le résumé d’avis du CHMP : en complément d’une statine chez les patients qui n’atteignent pas leurs objectifs malgré l’ézétimibe et la statine à dose maximale, seul chez les patients réellement intolérants aux statines, ou en relais chez ceux qui prenaient déjà les deux molécules séparément. Lyrokaul vise une population comparable, avec l’avantage d’une administration mensuelle plutôt que quotidienne, ce qui pourrait convenir aux patients peu enclins à avaler un comprimé chaque jour.

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Il faut toutefois tempérer l’enthousiasme. Un avis positif du CHMP ne vaut pas encore autorisation définitive. La Commission européenne doit désormais statuer, une formalité généralement rapide mais pas automatique, qui prend habituellement deux à trois mois. New Amsterdam Pharma et Menarini tablent sur une commercialisation effective dans plusieurs pays européens avant la fin de l’année 2026 pour les deux formes d’obicetrapib.

La baisse du LDL doit encore se traduire en bénéfice cardiovasculaire

Faire baisser le LDL lors d’une prise de sang est une chose. Réduire réellement le risque d’infarctus ou d’AVC en est une autre, et cette distinction est importante. Pour l’obicetrapib, cette preuve est encore en cours de construction : l’essai PREVAIL, qui mesure l’impact du médicament sur les événements cardiaques graves, doit livrer une analyse intermédiaire fin 2026. Une première analyse groupée des essais de phase III suggère déjà une tendance favorable, mais celle-ci doit être confirmée à plus grande échelle. À ce jour, aucun de ces trois traitements ne dispose donc de données définitives sur la réduction des événements cardiovasculaires eux-mêmes, mais uniquement sur la baisse du LDL, un marqueur biologique fortement corrélé au risque, qui ne s’y substitue toutefois pas entièrement.

Autre nuance à garder à l’esprit : l’intolérance aux statines est probablement moins fréquente que certains patients le pensent. Plusieurs études mettent en évidence un phénomène nocebo important, c’est-à-dire des douleurs ressenties par anticipation plutôt que causées par la molécule elle-même. Selon les recommandations françaises en vigueur, environ 70 à 90 % des patients qui se disent intolérants parviennent finalement à supporter une statine après un nouvel essai médicalement encadré. Ces nouveaux traitements ne doivent donc pas être un prétexte pour abandonner trop vite un médicament qui reste sûr et efficace pour l’immense majorité des patients.

Reste que pour les malades chez qui rien ne fonctionne ou dont le cholestérol demeure obstinément élevé, l’arrivée de ces trois options change la donne. Les patients atteints d’hypercholestérolémie familiale attendaient notamment depuis longtemps des alternatives capables de rivaliser avec les statines en termes d’ampleur de la baisse du LDL. Les prochains mois diront si l’accès en pharmacie confirme les promesses des essais cliniques.

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