| Deux traitements du cancer du poumon ont montré un gain de survie au congrès de l’Esmo 2026, à Madrid, du 23 au 27 octobre. L’essai DeLLphi-305 porte la survie médiane à 21,1 mois avec tarlatamab et durvalumab, contre 12,7 mois. L’essai SAFFRON atteint 17,8 mois avec osimertinib et savolitinib, contre 12,9 sous chimiothérapie. Aucun n’est encore autorisé en Europe dans ces indications. |
Douze mois. Pendant des années, c’était à peu près l’horizon que la médecine pouvait offrir à la moitié des malades atteints de la forme la plus agressive du cancer du poumon, dite « à petites cellules », lorsqu’elle est découverte à un stade étendu. Cet horizon vient de reculer. À Madrid, au congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (Esmo), réuni du 23 au 27 octobre, une salle de cancérologues s’est levée pour applaudir des courbes de survie. Le geste est rare dans une profession qui accueille d’ordinaire les résultats d’essais avec une réserve de principe.
- Cancer du poumon, première cause de mortalité par cancer en France
- Les cancers à petites cellules résistent aux défenses immunitaires
- Le tarlatamab porte la survie médiane à 21,1 mois
- Le tarlatamab expose à des effets indésirables graves
- SAFFRON atteint 17,8 mois de survie médiane avec une thérapie ciblée
- La biopsie de contrôle n’est réalisée que dans 53,4 % des cas
- Les nouvelles associations attendent leur autorisation européenne
- Traiter plus tôt et cibler la résistance, le nouveau cap de l’oncologie
Deux études ont marqué ce rendez-vous. Elles concernent des malades différents, mais traduisent la même évolution de fond : les oncologues ne veulent plus attendre que la maladie reprenne le dessus pour changer d’arme. La première vise la forme à petites cellules, la seconde des tumeurs devenues résistantes à leur traitement ciblé.
Cancer du poumon, première cause de mortalité par cancer en France
L’enjeu se mesure en vies. Le cancer broncho-pulmonaire est la première cause de décès par cancer en France, avec environ 33 100 morts par an. Il est aussi le troisième cancer le plus diagnostiqué, avec quelque 46 300 nouveaux cas annuels. Le tabac en reste, de très loin, le premier facteur de risque.
Les cancers à petites cellules résistent aux défenses immunitaires
Le cancer du poumon à petites cellules pèse peu en nombre, environ 15 % des cas. Il grossit vite, se dissémine tôt et rechute souvent. Selon les estimations des chercheurs, seuls 2,8 % à 7 % des patients au stade étendu sont encore en vie cinq ans après le diagnostic. Avec les traitements actuels, la survie médiane en première ligne plafonnait autour de 12 à 13 mois.
Le Pr Nicolas Girard, chef du département d’oncologie médicale de l’Institut Curie, résumait la difficulté l’an dernier d’une formule : ces tumeurs sont « des déserts immunitaires ». Les cellules de défense de l’organisme peinent à y pénétrer, ce qui limite l’effet des immunothérapies classiques.
Le tarlatamab contourne l’obstacle. Cet anticorps dit « bispécifique » se fixe d’un côté sur les lymphocytes T, les globules blancs chargés d’éliminer les cellules anormales, et de l’autre sur une protéine portée par les cellules cancéreuses. Il rapproche physiquement le soldat de sa cible.
Le tarlatamab porte la survie médiane à 21,1 mois
L’essai DeLLphi-305 a porté sur 563 patients dont la maladie n’avait pas progressé après un premier traitement associant chimiothérapie et immunothérapie (durvalumab). Ces malades ont été répartis par tirage au sort en deux groupes égaux, traités jusqu’à progression de la maladie ou toxicité inacceptable : durvalumab seul d’un côté, durvalumab associé au tarlatamab de l’autre.
L’écart est net. La survie médiane atteint 21,1 mois avec l’association, soit 8,4 mois de plus qu’avec le durvalumab seul. Le risque de décès baisse de 58 %. Un an après le début du traitement, près de 80 % des patients du groupe combiné étaient en vie, contre un peu plus de la moitié dans l’autre groupe.
Le changement tient aussi au moment choisi. « L’idée ce n’est pas d’attendre que ça aille mal », insiste Nicolas Girard. Jusqu’ici, ce type de molécule intervenait plutôt après l’échec d’un premier traitement. Le Dr Sands, du Dana-Farber Cancer Institute de Boston, rappelle que beaucoup de malades rechutent vite et n’arrivent jamais jusqu’à une deuxième ligne de traitement. Frapper tôt revient donc à atteindre des patients qui, autrement, n’en auraient jamais bénéficié.
Le tarlatamab expose à des effets indésirables graves
Ce gain a un coût. Les effets indésirables graves ont été environ deux fois plus fréquents avec l’association. La moitié des patients a présenté un syndrome de relargage de cytokines, une réaction inflammatoire provoquée par l’activation brutale du système immunitaire. Fièvre, chute de tension, parfois gêne respiratoire : elle se prend en charge le plus souvent à l’hôpital, sous surveillance rapprochée, surtout lors des premières injections.
Deux limites méritent d’être rappelées. Les résultats proviennent d’une analyse intermédiaire prévue dans le protocole, et l’essai a été mené en ouvert, patients et médecins sachant quel traitement était administré. Il est par ailleurs promu par Amgen, avec un financement partiel et le durvalumab fournis par AstraZeneca.
La résistance à l’osimertinib impose de réexaminer la tumeur
SAFFRON atteint 17,8 mois de survie médiane avec une thérapie ciblée
La seconde avancée concerne le cancer du poumon le plus répandu, dit « non à petites cellules ». Chez certains malades, la tumeur porte une mutation du gène EGFR, que l’on traite par des comprimés bloquant ce moteur précis de la maladie. Efficaces, mais pas indéfiniment. « Ces traitements ciblés, ils perdent de leur efficacité avec le temps », reconnaît Nicolas Girard. Jusqu’ici, l’échappement renvoyait souvent vers la chimiothérapie.
L’étude SAFFRON a testé une autre voie. Elle a recruté des patients dont la maladie avait progressé sous osimertinib et chez qui une nouvelle biopsie montrait que la tumeur s’appuyait désormais sur une voie de secours, appelée MET, surexprimée ou amplifiée. Ils ont reçu soit une chimiothérapie, soit l’osimertinib associé au savolitinib, qui bloque cette voie.
L’association réduit de 45 % le risque de progression ou de décès. La survie médiane grimpe à 17,8 mois, contre 12,9 mois sous chimiothérapie, soit une baisse de 32 % du risque de décès. Les résultats ont été présentés lors du symposium présidentiel du congrès, la session réservée aux travaux jugés susceptibles de modifier les pratiques. Le Pr Shun Lu, du Shanghai Chest Hospital, investigateur principal, souligne que MET compte parmi les causes de résistance les plus fréquentes dans cette situation et appelle à tester systématiquement cette anomalie. La Chine avait déjà autorisé la combinaison en juin 2025, sur la foi d’un autre essai de phase 3, SACHI.
La biopsie de contrôle n’est réalisée que dans 53,4 % des cas
Refaire un prélèvement au moment de la rechute n’a rien de nouveau. Les recommandations américaines et européennes le conseillent déjà, car le mécanisme de résistance oriente le traitement suivant. Sur le terrain, le compte n’y est pas. Une analyse française multicentrique a montré que cette biopsie n’était réalisée que dans 53,4 % des cas, et qu’elle identifiait un mécanisme de résistance chez 20 % des patients.
Les freins sont connus : un geste parfois invasif, une tumeur difficile d’accès, un patient épuisé. Les « biopsies liquides », réalisées sur une simple prise de sang, offrent une alternative plus légère, sans toujours suffire. SAFFRON fournit désormais un argument concret pour lever ces réticences.
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Les nouvelles associations attendent leur autorisation européenne
Ces traitements ne seront pas disponibles demain. Ils doivent d’abord obtenir une autorisation de l’Agence européenne du médicament dans ces nouvelles indications, puis un avis de la Haute Autorité de santé sur leur prise en charge. Des mois de procédure, au minimum.
Reste le point faible de ce cancer, découvert trop tard, souvent à un stade où la chirurgie n’est plus envisageable. Contrairement aux cancers du sein, du côlon et du col de l’utérus, il ne fait l’objet d’aucun dépistage organisé en France. L’Institut national du cancer a toutefois lancé un programme pilote de dépistage par scanner chez les gros fumeurs et anciens fumeurs.
Traiter plus tôt et cibler la résistance, le nouveau cap de l’oncologie
Les deux essais présentés à Madrid partagent une même philosophie, plus importante encore que leurs chiffres : agir avant que la maladie n’impose son tempo. Donner une immunothérapie puissante dès la phase d’entretien, chercher la faille de la tumeur au lieu de basculer par défaut vers la chimiothérapie. Cette médecine plus offensive a ses contreparties, une toxicité réelle et des prélèvements que l’hôpital peine encore à généraliser. Elle place aussi la balle dans le camp du système de soins. Les molécules arriveront tôt ou tard. La biopsie de contrôle, elle, peut être mieux pratiquée dès aujourd’hui.

