Ozempic et Wegovy ne seraient plus de simples coupe-faim

À mesure que les études s’accumulent, Ozempic et Wegovy révèle un potentiel inattendu sur le cerveau et les addictions, tout en exposant des zones d’ombre encore mal comprises.

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Initialement conçus pour traiter le diabète et l’obésité, Ozempic et Wegovy montrent aujourd’hui des effets prometteurs dans le traitement de la migraine, de l’alcoolisme et de la maladie d’Alzheimer. Cependant, depuis quelques années, ces médicaments font l’objet d’une attention scientifique qui dépasse largement leur usage initial. Des études récentes suggèrent qu’ils pourraient agir sur la migraine chronique, l’alcoolisme, voire sur certaines maladies neurodégénératives. Autant de pistes qui suscitent espoir et interrogations, notamment en ce qui concerne la perte de poids, qui reste pour l’instant leur seule indication remboursée en France.

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Comment le sémaglutide agit sur le métabolisme et le cerveau

Le sémaglutide est un agoniste des récepteurs du GLP-1, une hormone naturellement produite par l’intestin après les repas. Son rôle est de signaler au cerveau la satiété, de stimuler la production d’insuline et de ralentir la vidange gastrique. C’est ce mécanisme d’action complexe, qui touche à la fois au métabolisme et au système nerveux central, qui explique pourquoi les chercheurs soupçonnent le sémaglutide d’avoir des effets bien plus larges que la simple réduction du poids corporel.

La protection cardiovasculaire était la première grande surprise. L’étude SELECT, dont les résultats étaient très attendus depuis 2022, a confirmé l’efficacité du sémaglutide injectable pour réduire les événements cardiovasculaires majeurs chez des patients en surpoids ayant des antécédents vasculaires. Ces résultats ont pesé lourd dans la décision de la Haute Autorité de Santé de réévaluer favorablement Wegovy en 2024. Plus récemment, l’étude SOUL, présentée lors du congrès de l’American College of Cardiology en 2025, a étendu cette démonstration au sémaglutide oral, prouvant ainsi sa supériorité par rapport au placebo dans la prévention des infarctus chez les diabétiques de type 2 à haut risque vasculaire.

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Migraine chronique, les premiers signaux cliniques encourageants

La nouvelle la plus récente date de mars 2026. Une étude préliminaire menée par des chercheurs brésiliens et américains, dont les résultats seront présentés lors de la conférence annuelle de l’American Academy of Neurology en avril 2026 à Chicago, indique que les patients souffrant de migraine chronique et traités par des médicaments GLP-1, comme l’Ozempic et le Wegovy, avaient 10 % moins de risques de se rendre aux urgences qu’un groupe traité par topiramate, un médicament antiépileptique traditionnellement utilisé pour traiter la migraine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les quelque 11 000 patients suivis dans chaque groupe, 23,7 % des utilisateurs de GLP-1 ont consulté un service d’urgence dans l’année suivant le début du traitement, contre 26,4 % dans le groupe topiramate. Mais surtout, les patients sous GLP-1 présentaient un risque 48 % plus faible de devoir démarrer un traitement à base de valproate, 42 % plus faible de recourir à des anticorps anti-CGRP et 35 % plus faible de se voir prescrire des antidépresseurs tricycliques pour prévenir leurs crises.

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Pourquoi ? Les mécanismes ne sont pas encore totalement élucidés. Le Dr Hsiangkuo Yuan, de l’université Thomas Jefferson, évoque « des effets anti-inflammatoires au sein du système trigéminal de la douleur, une réduction de la pression intracrânienne et une modulation du CGRP, une molécule clé dans le déclenchement des migraines ». Ces pistes restent à confirmer dans des essais cliniques randomisés. En effet, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes, cette étude n’établit qu’une corrélation, pas une causalité.

📌 Repères clés
🧬 Le sémaglutide agit à la fois sur le métabolisme et le cerveau
❤️ Réduction confirmée des risques cardiovasculaires chez les patients à risque
🤕 Migraine : baisse des recours aux urgences et traitements lourds observée
🍷 Alcool : risque de troubles liés à la consommation réduit jusqu’à 50 %
🧠 Alzheimer : association à une baisse de 40 à 70 % des diagnostics
⚠️ Risque rare de troubles oculaires graves identifié par l’EMA
⚖️ Usage détourné et tensions éthiques autour de l’accès au traitement

Réduction de l’alcoolisme : un effet inattendu mais étudié

Autre terrain inattendu : la dépendance à l’alcool. Depuis plusieurs années, des patients traités par l’Ozempic pour leur diabète ou leur obésité signalaient spontanément à leurs médecins une envie de boire nettement réduite. Les chercheurs ont fini par prendre ce signal au sérieux.

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En mai 2024, une vaste étude rétrospective publiée dans la revue Nature Communications a passé en revue les dossiers médicaux de 83 825 personnes obèses. Conclusion : celles qui prenaient du sémaglutide présentaient un risque de troubles liés à la consommation d’alcool réduit de 50 % par rapport à celles traitées par d’autres coupe-faim. Cet effet n’a pas été observé avec la naltrexone ou le topiramate, ce qui suggère une spécificité propre au sémaglutide.

En février 2025, une nouvelle étude publiée dans JAMA Psychiatry par des chercheurs de l’université de Californie du Sud a franchi un palier supplémentaire. Pour la première fois, le sémaglutide a été administré directement à des patients souffrant de troubles liés à l’alcool, et non pas comme effet secondaire d’un traitement contre l’obésité ou le diabète. La cohorte était petite – une cinquantaine d’adultes – mais les résultats ont intrigué la communauté scientifique. Après neuf semaines, près de 40 % des patients traités par Ozempic n’avaient signalé aucun jour de forte consommation d’alcool au cours du dernier mois, contre 20 % dans le groupe placebo.

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« Cette fois-ci, les scientifiques font un pas en avant avec un essai contrôlé randomisé », souligne Nicolas Marie, chercheur au CNRS, dans Sciences et Avenir. Le mécanisme pourrait passer par l’action du sémaglutide sur les circuits cérébraux de la récompense, les mêmes que l’alcool et d’autres substances addictives activent. Si cette hypothèse se confirmait, elle ouvrirait un champ thérapeutique totalement nouveau.

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Alzheimer et démence, des données prometteuses mais incertaines

Des effets potentiels sur le cerveau ont également été évoqués dans le cadre de la maladie d’Alzheimer. En octobre 2024, des chercheurs de la Case Western Reserve School of Medicine ont analysé les données de près d’un million de patients diabétiques américains. Leur conclusion : le sémaglutide serait associé à un risque réduit de 40 à 70 % de recevoir un premier diagnostic de la maladie d’Alzheimer par rapport à sept autres médicaments antidiabétiques. Selon les auteurs, le sémaglutide réduirait l’inflammation cérébrale et pourrait exercer un effet neuroprotecteur.

Ces résultats sont encourageants, mais les scientifiques restent prudents. La professeure Rong Xu, qui a dirigé ces travaux, a tenu à préciser que des limites méthodologiques empêchaient de tirer des conclusions définitives. Les patients diabétiques sous traitement ont en effet des comportements de santé différents de ceux de la population générale, ce qui peut biaiser les observations. Des essais cliniques dédiés sont en cours chez Novo Nordisk, avec des résultats attendus entre 2025 et 2027. Un article publié par Santé Magazine en janvier 2025 indique toutefois que la réduction du risque de démence resterait modeste, de l’ordre de 10 à 20 %, « ce qui n’est pas négligeable étant donné le peu d’options thérapeutiques existantes ».

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Effets secondaires et risques oculaires, ce que disent les autorités

Toutes ces découvertes ne doivent pas faire oublier les risques. En janvier 2025, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a lancé une révision du sémaglutide, à la suite d’inquiétudes concernant un risque accru de neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIA-NA), une affection oculaire rare pouvant entraîner une perte de la vision. En juin 2025, le PRAC a conclu sa révision : la NOIA-NA est désormais inscrite comme effet indésirable « très rare » du sémaglutide, pouvant toucher une personne sur 10 000, avec un risque environ deux fois plus élevé chez les diabétiques de type 2.

Sur le plan juridique, la situation se tend. En France, une plainte collective contre Novo Nordisk est en cours de préparation depuis février 2026. Des patients dénoncent des effets secondaires graves : AVC, pertes de vision partielles ou totales, décès. Me Pierre Debuisson, avocat pénaliste qui pilote cette action, envisage de poursuivre le laboratoire pour « tromperie aggravée, blessures involontaires et homicides involontaires ». Il pointe également du doigt la responsabilité de médecins qui, selon lui, prescrivent ces médicaments à des patients faiblement en surpoids, « comme un complément alimentaire à visée esthétique ».

Usage détourné, tensions éthiques et pénuries croissantes

C’est précisément là que réside l’une des tensions les plus profondes autour d’Ozempic et de Wegovy. Ces médicaments, initialement conçus pour traiter l’obésité sévère ou le diabète de type 2, sont de plus en plus détournés à des fins non médicales. La perte de poids rapide qu’ils permettent, parfois sans indication valable, attire des personnes qui n’en ont pas besoin et prive celles qui en auraient réellement besoin d’un accès au traitement, en raison de pénuries récurrentes. Pendant ce temps, Novo Nordisk enregistre des bénéfices records, ce qui alimente des interrogations légitimes sur le financement et l’orientation de la recherche sur de nouvelles indications.

Si les nouvelles pistes thérapeutiques pour la migraine, l’alcoolisme ou la maladie d’Alzheimer se confirment dans des essais rigoureux, elles pourraient transformer durablement la médecine. Cependant, les approbations réglementaires prennent du temps, les essais cliniques dédiés restent peu nombreux et il y a un risque que l’enthousiasme scientifique et médiatique devance la réalité des preuves disponibles. La science progresse. Mais elle progresse rarement aussi vite qu’un laboratoire pharmaceutique en pleine campagne de valorisation boursière.

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