Cinq idées reçues sur le cancer colorectal qui freinent encore le dépistage en France

Chaque mois de mars relance la mobilisation, mais les mêmes freins persistent en France, entre peur, idées reçues et sentiment de ne pas être concerné, malgré un test accessible et rapide.

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© Photo : JoPanuwatD (Depositphotos)

Chaque mois de mars, la France se pare de bleu. Mars Bleu est le mois dédié à la sensibilisation au dépistage du cancer colorectal. Et pourtant, les chiffres restent têtus. Sur la période 2024-2025, le taux de participation au programme national n’a pas dépassé 30,7 %, soit bien en deçà de l’objectif européen de 65 %. Près de 14 millions de personnes concernées boudent toujours le test pour des raisons souvent infondées.

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« Je n’ai pas de symptômes, donc je ne risque rien »

C’est sans doute le malentendu le plus dangereux. Le cancer colorectal est sournois : il se développe lentement et silencieusement, sans signal d’alarme au début. Les premiers symptômes, tels que des douleurs abdominales persistantes, du sang dans les selles ou une modification durable du transit, apparaissent souvent lorsque la maladie est déjà à un stade avancé, ce qui rend les traitements plus lourds et diminue les chances de guérison.

C’est précisément en l’absence de symptômes que le dépistage prend tout son sens. Détecté tôt, il se guérit dans neuf cas sur dix. Le programme de dépistage organisé a déjà permis de repérer 67 902 adénomes et 17 100 cancers entre 2016 et 2017. Des polypes détectés avant même qu’ils ne deviennent cancéreux. Un bénéfice concret et mesurable que le simple refus de participer efface d’un trait.

Cinq idées reçues sur le cancer colorectal qui freinent encore le dépistage en France
© Photo : AnatomyInsider (Depositphotos)

« Le test, c’est compliqué et peu agréable »

Beaucoup imaginent encore un examen invasif, une coloscopie d’emblée, quelque chose de laborieux. La réalité est pourtant bien différente. Le test immunologique, qui constitue la première étape du programme, se réalise entièrement à domicile. Il suffit de prélever un échantillon de selles selon le mode d’emploi fourni dans le kit, puis de l’envoyer gratuitement par courrier dans l’enveloppe prévue à cet effet. Deux minutes, pas plus.

Le kit est facilement accessible : en pharmacie, chez son médecin généraliste ou son infirmier, dans le cadre d’une expérimentation en cours dans plusieurs régions, ou en ligne sur le site monkit.depistage-colorectal.fr. En Occitanie, par exemple, 95,5 % des officines ont déjà délivré au moins un kit.

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L’Assurance Maladie envoie une invitation personnalisée par courrier aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 74 ans tous les deux ans. Le test est gratuit et ne nécessite aucune avance de frais.

« Un test positif, c’est forcément un cancer »

Cette crainte est l’une des plus paralysantes. L’idée d’ouvrir une boîte de Pandore pousse de nombreuses personnes à éviter le test par peur du résultat. Un réflexe compréhensible, mais qui repose sur une erreur de raisonnement.

Un test positif signifie uniquement que du sang occulte a été détecté dans les selles. Cela ne confirme pas la présence d’un cancer. Une coloscopie est alors prescrite pour identifier l’origine de cette anomalie. Et dans plus de la moitié des cas, elle ne révèle aucune anomalie. Entre 2023 et 2024, seuls 3,3 % des participants au programme national ont obtenu un résultat positif. Autrement dit, dans plus de 96 % des cas, le test est normal. Quant à la coloscopie, elle détecte un polype dans 30 à 40 % des cas, et un cancer dans seulement 8 % des cas où elle est prescrite.

📌 Repères clés
📉 Seuls 30,7 % des Français participent au dépistage organisé
🎯 Objectif national fixé à 65 % encore très loin d’être atteint
⏱️ Test réalisable en 2 minutes à domicile
🧪 96 % des tests sont négatifs
🔬 Détecté tôt, le cancer colorectal se guérit dans 9 cas sur 10
📊 47 582 nouveaux cas et plus de 17 000 décès chaque année
🚫 9 % des tests sont invalidés pour des erreurs simples évitables
📈 Une participation de 45 % permettrait d’éviter milliers de cas et décès

« Le cancer colorectal, c’est surtout une maladie d’hommes »

Faux : le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent chez les hommes en France, après ceux de la prostate et du poumon. Mais il est également le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme, après celui du sein. Chaque année, 47 582 nouveaux cas sont diagnostiqués en France métropolitaine et cette maladie cause 17 117 décès. Elle ne fait pas de différence entre les genres.

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Le programme national de dépistage s’adresse donc autant aux femmes qu’aux hommes, à partir de 50 ans. La plupart des cas surviennent après cet âge – 95 % des diagnostics concernent des personnes de plus de 50 ans -, ce qui explique pourquoi la tranche d’âge 50-74 ans est ciblée dans le dispositif organisé. Pourtant, une idée reçue tenace continue d’exclure les femmes du champ de la vigilance. Une erreur qui peut avoir des conséquences graves.

Pourquoi une bonne hygiène de vie ne remplace pas le dépistage ?

L’hygiène de vie joue effectivement un rôle. Selon les données du dossier de presse Mars Bleu 2026 de l’ARS Occitanie, près de la moitié des nouveaux cas de cancer pourraient être évités chaque année en modifiant certains comportements. Une alimentation riche en fibres, un apport réduit en viande rouge et en charcuterie, la limitation de la consommation d’alcool et la pratique régulière d’une activité physique réduisent le risque. L’alcool serait à lui seul responsable de 21 % des cancers colorectaux chez l’homme.

Cependant, une bonne hygiène de vie ne se substitue pas au dépistage. Elle diminue le risque, mais ne l’élimine pas. Des facteurs génétiques, des antécédents familiaux ou d’autres facteurs encore mal identifiés peuvent en effet conduire au développement d’un cancer, même chez des personnes qui n’ont pas de facteur de risque apparent. Le test reste donc indispensable, quel que soit le mode de vie.

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Pourquoi la participation reste insuffisante en France ?

Les chiffres sont inquiétants. Sur les 20,9 millions de Français éligibles, seuls 6,4 millions ont effectué le test entre 2024 et 2025. La Guyane affiche un taux de 10,6 %, la Nouvelle-Aquitaine ne dépasse pas 31,3 % et l’Occitanie plafonne à 27,6 %. Ces chiffres sont bien en deçà du seuil de 45 % jugé « acceptable » par les instances européennes, et bien loin de l’objectif national de 65 %.

Avec une participation de 45 %, on pourrait déjà éviter plus de 3 500 nouveaux cas de cancer et 4 000 décès par an, selon les données du ministère de la Santé et de l’INCa. Ce sont des vies sauvées par un geste qui ne prend que deux minutes. La méconnaissance, la peur, le sentiment de ne pas être concerné ou la croyance que le test est compliqué sont les principaux freins documentés.

Pour tenter d’inverser la tendance, l’Assurance Maladie a déployé, depuis 2024, un dispositif « aller vers » mobilisant plus de 100 téléconseillers sur sept plateformes. Ces derniers sont chargés de contacter les assurés les plus éloignés du système de santé et de les accompagner vers le dépistage. Cette approche proactive commence à porter ses fruits : le taux de participation pour l’année 2025 s’élève à 33,1 %, contre 28,4 % en 2024.

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Quelle est la fiabilité réelle du test immunologique ?

Introduit dans le programme national en avril 2015, le test immunologique a largement supplanté l’ancien test Hemoccult. Il repose sur la détection d’hémoglobine humaine dans les selles grâce à des anticorps spécifiques, ce qui le rend insensible à l’alimentation, contrairement à son prédécesseur. Son taux de faux négatifs n’est que de 0,15 %. Il détecte 2,5 fois plus de polypes et 2 fois plus de cancers que l’ancien dispositif.

Le seul écueil à éviter est de remplir correctement le formulaire d’identification et d’envoyer le prélèvement dans les 24 heures, en évitant les envois le samedi ou la veille d’un jour férié. Près de 9 % des tests ne peuvent être analysés, principalement en raison d’informations manquantes sur la date de prélèvement ou de tests périmés. Des détails mineurs, mais qui peuvent invalider un geste de prévention parfaitement réalisé.

Ce que disent les chiffres sur l’impact du dépistage précoce

Le cancer colorectal est la deuxième cause de décès par cancer en France, avec 17 000 morts chaque année. Détecté précocement, le taux de survie à cinq ans dépasse 90 % des cas. Diagnostiqué tardivement, ce taux chute à 50 %. Cet écart est entièrement entre les mains des personnes concernées – et de leur médecin traitant, dont le rôle de sensibilisation reste déterminant.

Mars Bleu 2026 est l’occasion de transformer les bonnes intentions en gestes concrets. Si vous avez entre 50 et 74 ans, si vous avez reçu une invitation de l’Assurance Maladie ou même si vous ne l’avez pas encore reçue, rendez-vous en pharmacie ou sur le site monkit.depistage-colorectal.fr. Ce n’est pas un examen médical intimidant. Il s’agit d’un prélèvement de selles, d’une enveloppe à poster et, dans 96 % des cas, d’un résultat rassurant.

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