L’espoir inédit contre le cancer du sein triple négatif vient d’un vaccin ARNm personnalisé

Six ans de protection et une nouvelle piste thérapeutique

10 min. de lecture
10 min. de lecture
© Photo : AndrewLozovyi (Depositphotos)

Le cancer du sein triple négatif est l’une des formes les plus redoutables de la maladie. Comme il n’existe ni récepteur hormonal ni cible thérapeutique classique, les femmes qui en sont atteintes ont accès à des options de traitement limitées et présentent un risque de récidive élevé dans les cinq années suivant le diagnostic. Une étude publiée le 17 février 2026 dans la revue scientifique Nature vient toutefois changer la donne : un vaccin ARNm personnalisé a permis à 11 patientes sur 14 de rester sans cancer, certaines depuis plus de six ans.

- Publicité -
📌 Repères clés
📅 Étude publiée le 17 février 2026 dans Nature
👩‍⚕️ 14 patientes incluses en phase 1
🧬 Vaccin ARNm personnalisé basé sur les néoantigènes
🛡️ 11 patientes sans maladie au cours du suivi
⏳ Réponses immunitaires détectables jusqu’à 6 ans
📉 Cancer triple négatif avec plus de 40 % de risque de récidive à 5 ans
🧪 Tolérance jugée bonne
🔬 Extension prévue en phases 2 et 3

Un vaccin ARNm conçu pour chaque tumeur

Le principe de ce vaccin est simple, mais techniquement ambitieux : fabriquer pour chaque patiente un traitement qui cible les mutations propres à sa tumeur. On parle de néoantigènes, c’est-à-dire des protéines anormales produites par les cellules cancéreuses à cause de mutations génétiques. Ces protéines sont absentes des cellules saines, ce qui en fait des cibles idéales pour le système immunitaire.

Pour développer ce vaccin, les chercheurs de BioNTech, dirigés par Ugur Sahin, ont séquencé l’ADN de chaque tumeur afin d’identifier ces mutations spécifiques. Ils ont ensuite conçu un vaccin à ARN messager (ARNm) personnalisé capable d’apprendre au système immunitaire à reconnaître et à détruire les cellules présentant ces marqueurs tumoraux. L’essai clinique de phase I a été mené en Allemagne et en Suède sur quatorze patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif ayant déjà reçu une chimiothérapie néoadjuvante ou adjuvante après une opération chirurgicale.

- Publicité -

Une réponse immunitaire puissante et durable

C’est là que les résultats sont frappants. Chez près de la totalité des patientes, le vaccin a déclenché des réponses immunitaires puissantes ciblant plusieurs néoantigènes à la fois. Ces réponses ne sont pas éphémères : les lymphocytes T spécifiques aux néoantigènes sont restés détectables et fonctionnels plusieurs années après la vaccination, certains jusqu’à six ans après le traitement.

Ce n’est pas uniquement la durée qui retient l’attention des spécialistes. La qualité de la réponse immunitaire observée est également remarquable. Les chercheurs ont constaté que les cellules immunitaires avaient évolué en deux catégories complémentaires : des cellules cytotoxiques capables de détruire directement les tumeurs et des cellules mémoire dites « stem-like », capables de se renouveler sur le long terme et de maintenir une surveillance immunitaire active. C’est cette combinaison qui offre une protection à la fois immédiate et durable.

- Publicité -

Sur les 14 participantes, 10 étaient toujours sans signe de maladie au moment de l’analyse finale. Onze d’entre elles avaient atteint une réponse complète à un moment donné du suivi. Ces chiffres sont particulièrement significatifs pour un cancer dont le taux de récidive dépasse 40 % dans les cinq premières années.

Pourquoi certaines tumeurs ont échappé au vaccin

Trois patientes ont tout de même rechuté et leurs cas sont étudiés avec autant d’attention que les succès. L’une d’elles présentait la réponse immunitaire la plus faible après la vaccination, mais elle a tout de même obtenu une rémission complète grâce à un traitement à base d’anti-PD-1. Une autre présentait une tumeur dont les cellules exprimaient très peu de molécules MHC de classe I, une protéine de surface indispensable pour permettre aux lymphocytes T d’identifier et d’attaquer les cellules cancéreuses. Sans ce signal, les cellules tumorales parviennent à échapper à la surveillance immunitaire, malgré la présence d’anticorps entraînés par le vaccin.

- Publicité -

La troisième présentait une mutation du gène BRCA, associée à des tumeurs pouvant évoluer de manière indépendante dans les deux seins. Le vaccin avait été conçu à partir des données d’une seule tumeur, mais la rechute provenait d’un second foyer génétiquement distinct. Ce cas illustre une limite inhérente à toute approche personnalisée : le vaccin ne peut cibler que ce qu’il connaît.

Loin d’être des échecs, ces trois cas constituent une mine d’informations pour les futures générations de vaccins. Comprendre pourquoi l’immunité vaccinale peut être contournée est indispensable pour améliorer les protocoles et anticiper les mécanismes d’échappement tumoral.

- Publicité -

Suivez toute l’actualité d’auravita sur Flipboard, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

Le cancer du sein triple négatif, une urgence thérapeutique

Il représente entre 15 et 20 % de l’ensemble des cancers du sein. Son nom vient de l’absence des trois récepteurs que les médecins utilisent habituellement pour prescrire des traitements ciblés : les récepteurs aux œstrogènes, à la progestérone et au HER2. Sans ces cibles moléculaires, les traitements hormonaux et les thérapies ciblées sont inefficaces. La chimiothérapie reste souvent le seul recours, avec des effets secondaires lourds et des résultats variables d’une patiente à l’autre.

- Publicité -

C’est précisément cette réalité clinique qui rend les résultats publiés dans la revue Nature si attendus. Depuis plusieurs années, les chercheurs tentent d’exploiter le système immunitaire pour pallier l’absence de cibles thérapeutiques classiques. Les immunothérapies existantes, comme les inhibiteurs de point de contrôle immunitaire, ont permis d’obtenir des progrès, mais leur efficacité reste partielle et inégale. Un vaccin personnalisé capable d’activer durablement des lymphocytes T spécifiques constitue une approche radicalement différente.

La stratégie ARNm de BioNTech au-delà du sein

Ce n’est pas la première fois que BioNTech explore la piste du vaccin à ARN messager personnalisé contre le cancer. La société allemande, connue du grand public pour son vaccin contre la Covid-19 développé en collaboration avec Pfizer, travaille depuis plusieurs années sur une plateforme de vaccins individualisés contre différentes tumeurs solides.

- Publicité -

Des résultats positifs ont déjà été publiés dans le mélanome, où cette approche a permis de réduire de manière significative le taux de métastases. Dans le cancer du pancréas, une tumeur particulièrement difficile à traiter en raison de son faible taux de mutations et de son environnement très immunosuppressif, le vaccin a induit des réponses immunitaires chez la moitié des patients, et ces réponses étaient corrélées à de meilleurs résultats cliniques. L’étude sur le cancer du sein triple négatif s’inscrit dans cette lignée et confirme que la plateforme peut fonctionner dans des contextes biologiques très différents.

Dans un essai parallèle portant sur 213 patients traités avec Autogene Cevumeran, une autre thérapie ARNm individualisée développée conjointement par BioNTech et Genentech, 71 % des participants ont développé des réponses immunitaires poly-épitopiques spécifiques aux néo-antigènes, détectables jusqu’à 23 mois après le début du traitement.

Des essais cliniques plus larges désormais nécessaires

Les auteurs de l’étude publiée dans la revue Nature sont clairs sur la portée de leurs résultats : il s’agit d’un essai de phase 1, conçu avant tout pour évaluer la sécurité et la faisabilité du traitement, et non son efficacité à grande échelle. L’échantillon de 14 patientes est en effet trop restreint pour tirer des conclusions définitives sur l’efficacité clinique du vaccin.

Cependant, les chercheurs soulignent que la robustesse et la durabilité des réponses immunitaires observées, ainsi que les premiers signes d’activité clinique, justifient pleinement le passage à des essais de plus grande envergure. La tolérance du vaccin a été bonne, les effets secondaires rapportés étaient modérés et le processus de fabrication individualisée, bien que complexe, a démontré sa faisabilité dans un cadre clinique réel.

Pour les femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif, cette avancée représente un espoir concret, même si la route vers un traitement disponible en clinique reste longue. Les prochaines années seront déterminantes : des essais randomisés de phase 2 et 3 devront confirmer que cette protection immunitaire se traduit réellement par une amélioration de la survie à long terme dans une population plus large et plus diversifiée.

- Publicité -
Partager cet article